Ma clinique doit-elle faire un bilan carbone ?
Oui si elle emploie plus de 500 personnes en métropole. Elle doit alors réaliser un bilan d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES) et un plan de transition, à mettre à jour tous les quatre ans.
Depuis 2023, ce bilan doit inclure les émissions indirectes significatives, appelées scope 3 : achats, transports, déchets. Ne pas le publier expose à une amende pouvant atteindre 50 000 €, et 100 000 € en cas de récidive.
Les grands groupes ont une obligation supplémentaire : le reporting de durabilité européen (CSRD). Depuis sa révision fin 2025, il ne concerne plus que les entreprises de plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Une clinique plus petite n’a pas d’obligation légale. Mais les groupes, les financeurs et parfois les patients demandent de plus en plus où elle en est.
Où se trouvent les émissions d’une clinique ?
Selon le Shift Project, le secteur de la santé pèse environ 8 % de l’empreinte carbone de la France, soit 49 millions de tonnes de CO2 équivalent par an.
Dans un établissement de santé, la répartition surprend souvent :
| Poste | Part des émissions (ordre de grandeur) |
|---|
| Achats médicaux : médicaments, dispositifs, consommables | 50 à 70 % |
| Énergie : chauffage, climatisation, électricité | 10 à 20 % |
| Déplacements, alimentation, déchets et autres | le reste |
Au total, environ 84 % des émissions d’un hôpital se trouvent dans le scope 3, c’est-à-dire hors de ses propres installations.
Par où commencer ?
Mesurer. Un premier bilan, même simplifié, montre les vrais postes à traiter. Sans lui, on risque de concentrer tous les efforts sur l’énergie, visible mais minoritaire.
Travailler les achats. C’est le premier gisement. Il passe par le dialogue avec les fournisseurs et les centrales d’achat, le choix de produits moins émetteurs, la lutte contre le gaspillage de consommables, et l’implication des équipes médicales.
Réduire l’énergie. C’est le poste où les résultats sont les plus rapides et les plus mesurables. Il rejoint aussi les obligations du décret tertiaire : −40 % de consommation d’énergie d’ici 2030 pour les bâtiments de plus de 1 000 m².
Agir sur les déplacements. Bornes de recharge sur le parking du personnel et des visiteurs, covoiturage, accès en transports en commun.
Que peut apporter le solaire au bilan carbone ?
L’électricité du réseau français est déjà peu carbonée, grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables. Remplacer une partie de cette électricité par du solaire produit sur place réduit les émissions liées à l’électricité, le scope 2, mais de façon modeste.
L’intérêt principal est ailleurs :
- le budget : l’électricité produite sur place a un prix connu à l’avance, alors que le prix du marché a presque doublé pour 2027 depuis mars ;
- le décret tertiaire : l’autoconsommation solaire peut contribuer en partie à l’atteinte de ses objectifs ;
- les déplacements : des ombrières sur le parking peuvent alimenter les bornes de recharge des véhicules du personnel et des visiteurs.
Un bilan carbone sérieux chiffre ce gain pour ce qu’il est, sans l’exagérer.
Quelles actions sur l’énergie donnent des résultats rapides ?
L’énergie ne pèse que 10 à 20 % du bilan, mais c’est le poste où une clinique peut agir seule, sans dépendre de ses fournisseurs.
Le point de départ est la consommation. Les établissements de santé consomment en moyenne 320 kWh par m² et par an, contre 182 kWh pour un bâtiment tertiaire courant, selon l’ADEME. Le traitement de l’air y est souvent le premier poste : 27 % et 30 % de la consommation dans deux établissements suivis par l’ARS Normandie et l’ADEME.
Trois actions reviennent dans tous les retours d’expérience :
- adapter la ventilation à l’occupation, avec un mode veille des blocs opératoires en dehors des heures d’activité, dans le respect des protocoles d’hygiène ;
- régler le chauffage et la climatisation par zone, pour éviter de chauffer et de refroidir en même temps ;
- suivre les consommations par bâtiment et par usage, pour repérer vite une dérive.
Ces actions de sobriété ont déjà permis aux hôpitaux et aux cliniques de réduire leur consommation de 18 % entre leur année de référence et 2022, selon les données OPERAT. Elles font baisser à la fois les émissions liées au gaz et à l’électricité, et la facture.
Combien coûte un bilan carbone ?
Un BEGES réglementaire coûte en général entre 8 000 et 80 000 €, selon la taille de l’établissement, sa complexité et le périmètre retenu. C’est le scope 3, et en particulier les achats, qui demande le plus de travail de collecte.
Pour une clinique qui n’est pas soumise à l’obligation, un premier bilan simplifié suffit souvent pour identifier les deux ou trois postes à traiter en priorité. L’essentiel n’est pas la précision au kilogramme près, mais de savoir où agir.
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